Édition 2020

On peut lutter contre le chômage de masse

By 25 mars 2021 No Comments

Débat inversé

Intervenants

Manon Aubry
Jean-Baptiste Barféty
Gaetan Gorce
Laurent Grandguillaume
Sophie Taille-Polian

Animatrice

Nora Hamadi

Enjeux du Débat : Mobiliser la complémentarité des mesures pour lutter contre le chômage ! Elles existent !

 

Propositions

1 – Mettre en place des quotas post-bac et la gratuité des études pour les élèves issus des « zones d’éducation prioritaires »

Sans sacrifier le rôle de l’école républicaine ou celui des associations comme outil de lutte contre les inégalités, l’ensemble des formations post-bac pourraient réserver un quota de places pour les élèves issus des « zones d’éducation prioritaires ».
Cela doit s’accompagner, pour ne pas constituer un miroir aux alouettes, de la gratuité des études et de l’équipement pour ces élèves. Au-delà des vraies décisions de financement public que cela sous-tend, cela pourrait également s’inscrire dans la responsabilité sociétale des entreprises, sous réserve que cela ne contribue pas à une privatisation latente de la formation.

2 – Favoriser la localisation des emplois en dehors des territoires métropolitains, en aidant les entreprises à la transition numérique sur l’ensemble du territoire

Etouffement des villes, loyers hors de prix, emploi centré dans les grandes villes, temps de transports excessifs, aspirations fortes à un meilleur équilibre vie professionnelle – vie personnelle, enjeux de productivité, de dynamique territoriale et de réponse sociétale (sociale autant qu’environnementale), la nécessité de relocaliser l’activité hors des métropoles est cruciale.
La crise sanitaire a d’ores et déjà conduit les entreprises qui pouvaient le supporter à accélérer l’investissement numérique pour permettre le travail à distance et ne pas complètement mettre l’activité à l’arrêt. Qu’en est-il des autres ? et au-delà des besoins immédiats liés à la crise ? Comment faciliter ce développement tout en préservant les collectifs de travail et éviter les revers ? La transition numérique est un levier clef pour faciliter le travail « rapproché », favoriser la relocalisation des activités et de l’habitat et ainsi permettre un développement économique et culturel hors des métropoles.
Les aides aux entreprises doivent contribuer à ces objectifs et il est essentiel d’en définir les conditions d’accès et de mesure. Des aides inter-entreprises pourraient aussi être envisagées, dans la création d’espaces de co-working par exemple, en lien avec les départements et les communalités.

3 – Reprendre le chemin de la réduction du temps de travail pour un meilleur partage

Fustigée par la droite, la réduction du temps de travail n’a pourtant jamais fait l’objet d’une complète remise en question. L’Allemagne y songe aujourd’hui dans l’industrie pour sauver des emplois. En France, les 32h et la semaine de 4 jours sont fréquemment évoquées. 32h c’est 2,8 millions d’emplois créés. Pour en créer 7 millions, certains experts plaident pour une semaine d’environ 24h.
Différentes solutions sont possibles, d’autant qu’il s’agit d’une aspiration sociétale croissante aujourd’hui : en effet, a fortiori en période post-crise, 40% des salariés interrogés seraient prêts à abaisser leur niveau de rémunération contre un meilleur équilibre vie professionnelle-vie privée (sondage LinkedIn), quand d’autres prévoient de faire le tour du monde ou de changer de métier.
Un congé sabbatique de 6 mois tous les 5 ans par exemple, sans suspension du contrat de travail, permettrait un partage du temps favorable à l’emploi et une durée propice à la réinvention de parcours professionnels de toutes façons moins linéaires qu’il y 20 ans. Mais au-delà du secteur privé, les enjeux sont forts dans le secteur public (on pense aux hôpitaux par exemple). Bref, c’est un vrai choix de société qui pose aussi la question de la croissance car à masse salariale croissante, production augmentée…

4 – Affirmation du droit à l’emploi, l’Etat employeur en dernier ressort : extension de TZCLD à l’ensemble du pays dans les 5 ans qui viennent

Vision post-keynésienne pour construire une société plus juste et équitable, l’emploi pourrait être posé comme un droit et de ce point de vue-là le rôle de l’Etat social réaffirmé. Des dispositifs existent, comme TZCLD, qui concilie accompagnement des personnes les plus éloignées de l’emploi et développement d’activités économiques à forte utilité sociale : développons-les !
Initialement, c’est 10 territoires qui ont fait l’objet de l’expérimentation TZCLD, qui vise à convertir les prestations sociales de chômeurs en revenu d’activité par des embauches en CDI dans des entreprises à but d’emploi. Rares sont les dispositifs qui ont été autant évalués. Si l’IGAS a appelé à retravailler des éléments de ciblage, l’extension du dispositif doit dépasser les effets d’annonce pour couvrir la France entière dans les 5 ans qui viennent.

 

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