Édition 2020

Penser l’économie de la reconstruction écologique

By 25 mars 2021 No Comments

Carte blanche de Le Vent Se Lève.

Intervenants

Gaël Giraud
Yannick Jadot
Théophile Jégard
Aurore Lalucq

Animateur

Adrien Madec

Le contexte : un néolibéralisme thermo-industriel suicidaire

En pleine crise du coronavirus, Emmanuel Macron admet que rien ne sera jamais plus comme avant, et que l’Etat agira “quoi qu’il en coûte”. Quelques mois avant, il expliquait aux hospitaliers qu’il n’y avait pas de “monnaie magique”. Le changement climatique nécessite une mobilisation totale, de la même ampleur que celle déployée contre la pandémie. D’ailleurs, les deux problèmes sont intimement liés. L’argent ne semble plus être un problème à l’heure des plans de relance massifs. Dès lors, comment mobiliser l’outil budgétaire et monétaire de manière à relancer notre économie sur des bases neutres en carbone ? Quels outils avons nous à notre disposition pour cela et quelles évolutions normatives devrons nous imposer aux institutions nationales et européennes ?

L’intuition du Festival : un cadre macro-économique à repenser

La crise du coronavirus frappe d’obsolescence l’idéologie du libre-échange, comme l’urgence climatique impose d’en finir avec le productivisme en général. Il faut repenser notre cadre d’action macro-économique et politique pour financer et achever la transition écologique. Nous avons voulu avec ce débat faire dialoguer des économistes du climat. L’idée serait de confronter le verdissement de la politique économique avec les succès économiques ou collectifs du moment, pour penser et donner à voir les contours de la transition que nous appelons de nos vœux.

 

Propositions

1 – Se réapproprier nos outils de création monétaire pour financer la transition.

Bien que la Banque Centrale Européenne ait fait beaucoup pour sauver la finance depuis la crise de 2008 de par une politique de quantitative easing, l’outil monétaire n’est pas mobilisé pour sauver le climat. Or; la BCE pourrait gonfler par un simple jeu d’écriture les flux d’investissements directs dans les grands projets écologiques. Cette création monétaire ciblée ne produirait d’ailleurs pas d’inflation. Alors qu’attendons-nous pour retrouver l’esprit d’une politique monétaire et non d’une simple gestion monétaire ? Quels sont les blocages ?

2 – Orienter le budget européen pour réussir le Green New Deal.

De l’aveu de la Commission Européenne elle-même, il manque au minimum 500 milliards d’investissements par an pour financer la transition écologique et sociale en Europe. Alors même que la nouvelle Commission a été élue sur la promesse d’un Green Deal plus ambitieux. Le Plan dévoilé aujourd’hui n’est pas donc à la hauteur pour financer ce gigantesque chantier. De même, le Fonds de Transition juste, introduit par la Commission Von der Leyen, il doté de seulement 7,5 milliards sur 7 ans. Cette faiblesse du budget est justifiée par l’effet de levier qu’espère susciter la Commission. L’Union Européenne devrait être un moteur du financement de la transition et non du green washing. C’est la raison pour laquelle, il faut augmenter et réorienter le budget européen pour permettre un effort collectif à la hauteur de l’enjeu climatique et écologique. Comment et dans quelle proportion ?

3 – Séparer les banques de dépôt et les banques d’investissement pour assainir la finance dans la perspective de la reconstruction écologique.

Le modèle bancaire européen apparaît de plus en plus fébrile face aux enjeux systémiques qui menacent l’économie et en premier lieu, face aux conséquences présentes et à venir du changement climatique. Dans ce contexte, la séparation des activités de dépôt, d’investissement et de spéculation, permettra une meilleure allocation du capital dans l’économie et limitera les effets négatifs d’un système financier incapable de financer les infrastructures et les innovations en phase avec les enjeux climatiques et écologiques du siècle à venir. Plus que l’émergence d’une “finance verte”, c’est la réforme en profondeur des banques qu’il faut mettre en place pour sauver le climat maintenant. La séparation est le premier jalon de la résilience bancaire et climatique.

4 – Repenser le statut et les stratégies de l’entreprise à l’aune de sa responsabilité environnementale.

De plus en plus sommées de s’investir et de se réinventer, les entreprises sont toujours tiraillées entre la raison économique de court terme et l’horizon écologique de long terme de leur secteur. C’est donc une nouvelle réflexion et un nouveau regard qu’il faut développer sur l’entreprise, non plus seulement comme le lieu de l’accumulation du capital, mais également comme le vecteur de transformation, dès lors que son horizon se construit en intégrant les défis des bouleversements écologiques. Ce sont les structures de gouvernance comme les objectifs des entreprises qu’il convient de revoir en profondeur pour intégrer notamment, la responsabilité environnementale, la décarbonation, la sobriété énergétique, la relocalisation de la production et la durabilité des biens comme des objectifs stratégiques en tant que tels.

 

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